Dans un contexte de fortes contraintes budgétaires et de recomposition des politiques publiques, le Sénégal mise sur une gestion active de sa dette, la renégociation stratégique de ses contrats et une réforme ambitieuse de la formation professionnelle. Le directeur général du 3Fpt, Dr Babo Amadou Ba, docteur en sciences de gestion (finance de marché), met en lumière les leviers de résilience économique du pays, tout en défendant un modèle fondé sur l’adéquation formation-emploi, la souveraineté économique et la confiance des investisseurs.
Malgré un contexte économique particulièrement difficile, le Sénégal semble faire preuve de résilience. Quels facteurs, selon vous, expliquent cette situation ?
Il faut d’abord revenir sur le besoin de financement de l’État pour l’année 2026, qui s’élève à 6 075 milliards de FCfa. Ce besoin est déterminé par deux tableaux. Le tableau des opérations budgétaires permet de déterminer le déficit à partir de la différence entre les recettes et les dépenses, ce qui a fait ressortir un déficit budgétaire de 1 245 milliards de FCfa. Ensuite, il y a le tableau des opérations de trésorerie qui détermine les ressources dont l’État aura besoin pour couvrir certaines dettes. Le besoin de financement pour 2026 s’établit donc à 6 075,2 milliards de FCfa.
Il est principalement composé de l’amortissement de la dette, qui atteint 4 307,4 milliards de FCfa, du financement du déficit budgétaire global, pour 1 245 milliards de FCfa, de l’apurement d’arriérés intérieurs évalué à 300 milliards de FCfa, des emprunts rétrocédés prévus pour 172,80 milliards de FCfa et de la couverture du déficit Opex pour 50,0 milliards de FCfa. En dehors des 6 075 milliards de FCfa, il faut déterminer le service de la dette de 2026, composé de l’amortissement de la dette (le principal), qui est de 4 307 milliards de FCfa, plus les intérêts et commissions qui s’élèvent à 1 190 milliards de FCfa. Ce qui donne un total de 5 497 milliards de FCfa.
C’est cette somme que l’État a étalée sur les 12 mois dans un tableau appelé plan de trésorerie. Rien que pour le mois de mars, l’État a déjà payé 746 milliards de FCfa, dont l’eurobond de 2018 qui était de 461 millions d’euros. Dans ce contexte économique particulièrement difficile, le Sénégal a fait preuve de résilience en activant deux leviers, spécifiquement pour la dette intérieure (titrisation), qui représente 31,7 %, et la dette extérieure (gestion active), qui représente 68,3 %. Pour la dette intérieure, les tombées d’échéances sur la dette bancaire locale étaient à plus de 820 milliards de FCfa, avec une forte pression sur la liquidité des banques.
Le ministre des Finances et du Budget a invité les banques, à travers des interventions sur le marché financier régional, à titriser certaines de ces créances. Grâce à ce mécanisme, 500 milliards de FCfa d’espace budgétaire ont été dégagés en 2025. Ainsi, en plus de cette opération de reprofilage, une progression des recettes budgétaires est observée, notamment grâce à des recettes additionnelles de 762,6 milliards de FCfa issues des mesures du Plan de redressement économique et social (Pres). Dans le cadre de la stratégie de gestion active de la dette, le MFG avait mis en place quatre stratégies, en fonction de la répartition de la dette entre extérieure et intérieure (S1-35/65, S2-60/40, S3-50/50, S4-40/60).
Le Sénégal a opté pour la stratégie 3, qui vise à contenir les vulnérabilités liées à la dette à taux variable (20 %) et à la dette arrivant à échéance à court terme (30,4 % de la dette totale), dont le taux sera refixé dans un (1) an et qui ont pris une importance non négligeable dans le portefeuille.
La distribution des sources de financement ressortirait à 50 % de dette extérieure nouvelle, et les 50 % restants seront satisfaits à travers le marché domestique, avec un recours important aux financements concessionnels et à une dette domestique de plus longue maturité.
Certains estiment que la restructuration de la dette constitue la principale solution pour soulager les finances publiques. Partagez-vous cette analyse ?
Non ! Restructurer une dette consiste à modifier, par accord, les trois conditions de la dette d’un État (échéances, taux, principal) pour retrouver la soutenabilité et éviter un défaut de paiement. La restructuration d’une dette souveraine s’apparente à une opération chirurgicale pour l’économie d’un pays : elle est souvent indispensable pour sauver le patient de l’asphyxie financière, mais elle laisse des cicatrices profondes et nécessite une longue convalescence. Elle ne se décrète pas : il faut commencer par analyser la soutenabilité de la dette. En effet, parler de surendettement (élevé – modéré – faible) d’un État signifie qu’une partie de son endettement est jugée « insoutenable ».
Cela vise à légitimer une restructuration. Le surendettement peut être repéré à partir d’un défaut de paiement, d’une prise de position éthique, mais aussi à partir de l’Avd (analyse de la viabilité de la dette), qui détermine les ratios de solvabilité et de liquidité. Donc, le Sénégal n’est pas dans cette situation. Voici les conséquences et les risques de la restructuration. D’abord, la fermeture de l’accès aux marchés financiers. Dès qu’un pays annonce vouloir restructurer sa dette commerciale, les agences de notation le dégradent immédiatement en « défaut sélectif » (Selective Default).
Le pays perd instantanément la confiance des investisseurs et ne peut plus emprunter sur les marchés internationaux pendant plusieurs années, ou alors à des taux prohibitifs. Ensuite, il existe un risque de contagion au secteur bancaire local si la restructuration inclut la dette intérieure (les bons et obligations du Trésor achetés par les banques locales). En outre, la longueur et la complexité des négociations s’expliquent par la diversité des créanciers (Club de Paris, Chine, milliers de détenteurs d’Eurobonds privés).
Enfin, des conditionnalités sociales douloureuses peuvent être imposées. Souvent, l’État doit s’engager dans un programme d’ajustement structurel rigoureux : augmentation des impôts, gel des embauches dans la fonction publique, suppression des subventions (carburant, électricité). Ces mesures d’austérité ont souvent un coût social et politique très lourd.
Le Sénégal a récemment eu recours au marché financier de manière accrue. Cette stratégie vous paraît-elle soutenable à moyen et long terme ?
Oui ! Et sans craindre un effet d’éviction (l’État aspire les ressources au détriment du privé). Le recours aux avances statutaires de la Banque centrale a été, pendant plusieurs années, l’une des modalités privilégiées de couverture des besoins de trésorerie des États membres de l’Union, jusqu’en 1999, avec l’entrée en vigueur de l’euro. En 2001, la Bceao crée le marché des titres publics, exclusivement dédié au financement des États membres de l’Umoa. Il est organisé autour d’un marché primaire et d’un marché secondaire.
De même, l’automatisation des procédures d’adjudication via le logiciel Sagetil-Uemoa (Système de règlement-livraison des titres publics) présente un gain d’efficience par rapport au traitement manuel. Le marché des titres publics répond à la fois à un besoin des États et des investisseurs. Créée en 2013, l’Agence Uoa-Titres (Aut) est chargée d’identifier les modalités les plus appropriées pour mobiliser les ressources financières nécessaires au financement des États sur les marchés régionaux et internationaux de capitaux.
Dans la zone Uemoa, en fonction de l’émetteur et de la maturité visée, le taux de coupon varie en fonction de nombreux paramètres, mais surtout du coût de l’argent et de la maturité du titre en question. En ce moment, il se situe entre 5,75 % et 6,50 %. Pour emprunter sur le marché des titres publics, l’État émet des obligations ou bons du Trésor. Les obligations du Trésor sont des instruments de financement structurel avec une valeur nominale de 10 000. Elles sont utilisées pour financer le budget d’investissement de l’État, notamment la construction d’infrastructures lourdes dont la rentabilité économique s’étale dans le temps. On retrouve des maturités de 3 ans, 5 ans, 7 ans, 10 ans, 15 ans (plus rares, mais de plus en plus utilisées par des émetteurs réguliers comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire).
Les bons du Trésor sont des instruments de gestion de trésorerie avec une valeur nominale de 1 000 000. Ils permettent aux États (comme le Sénégal) de faire face à des décalages temporaires entre leurs rentrées d’impôts et leurs dépenses courantes. Le marché financier de l’Uemoa représente une bouffée d’oxygène pour les huit pays. Ce marché financier est composé du marché monétaire, du marché des titres publics et de la Brvm. Cette stratégie est soutenable selon quatre facteurs : l’état de liquidité bancaire, le refinancement auprès de la Bceao, la maturité et les coûts de l’émission, la concentration des souscripteurs, et surtout le lien entre le marché des titres publics et le marché monétaire.
Les interventions de la Banque centrale portent sur les opérations d’open market et les refinancements sur les guichets permanents. Pour les open market, le taux directeur est de 3 %, et au guichet permanent, de 5 %. Les banques empruntent au niveau de la Bceao pour prêter aux États. Chaque mois, chaque pays membre de l’Uemoa exprime ses besoins sous forme d’appel d’offres, qu’on appelle aussi placement par adjudication. En 2025, les ressources mobilisées sur le Mtp sont estimées à 11 858 milliards de FCfa. Cette année, les huit pays membres de l’Uemoa comptent lever au total 12 700 milliards de FCfa. Pour l’année 2026, le Sénégal souhaite lever 4 132 milliards de FCfa, dont 1 200 milliards de FCfa par appels publics à l’épargne (placement par syndication), 2 752 milliards de FCfa par appel d’offres et 180 milliards de FCfa par sukuk.
L’État du Sénégal a entrepris de renégocier plusieurs contrats signés sous le précédent régime. Cette démarche vous semble-t-elle aisée à mettre en œuvre ?
Oui, car il existe un fondement souverain et juridique aux renégociations, basé sur l’article 25-1 de la Constitution, dont le soubassement est l’intérêt public et la souveraineté économique. L’article stipule : « Les ressources naturelles appartiennent au peuple. Elles sont utilisées pour l’amélioration de ses conditions de vie. L’exploitation et la gestion des ressources naturelles doivent se faire dans la transparence et de façon à générer une croissance économique et à promouvoir le bien-être de la population. » Un pays commence généralement par évaluer les contrats existants à travers des audits juridiques et économiques, afin d’identifier les termes qui ne correspondent plus à ses intérêts ou à ses cadres réglementaires actuels. Une étape essentielle consiste alors à identifier les clauses de renégociation, lorsqu’elles existent. En leur absence, l’État peut être amené à justifier la renégociation en invoquant des changements économiques substantiels ou imprévus. La renégociation a permis au Sénégal d’engranger d’importants gains et de réaliser des économies sur des contrats qui étaient très mal libellés, tout en asseyant une nouvelle approche de contractualisation.
Selon le Premier ministre Ousmane Sonko, la renégociation des conventions et contrats dans les secteurs stratégiques constitue un exercice de transparence, de reddition de comptes, de prise en charge des priorités nationales, de responsabilité visant à préserver les intérêts vitaux de la nation, de bonne gouvernance et de gestion responsable des ressources naturelles. Il convient également de rappeler qu’il ne s’agit pas d’un exercice dirigé contre les partenaires et les investisseurs, ni d’un manquement aux engagements de notre pays.
La renégociation est une réussite, car les résultats escomptés ont été atteints. Sur la convention avec les Ics, le manque à gagner est estimé à 1 075,9 milliards de FCfa. Le Comité a examiné la convention avec les Industries chimiques du Sénégal (Ics) et a constaté que, durant toute la durée de ce contrat, le Sénégal a été lésé. Parmi les manquements relevés figurent le non-paiement des taxes et redevances, des avantages fiscaux et douaniers indus ainsi que des exonérations accordées sans base légale. Il convient de rappeler qu’au Sénégal, comme partout ailleurs, les exonérations ne peuvent découler que de la loi. De plus, les redevances ne sont pas concernées par ces exonérations.
L’ensemble de ces éléments constitue des pertes substantielles pour l’État. Nous avons demandé que toutes les conséquences soient tirées. S’agissant des redevances estimées à plus de 200 milliards de FCfa, une notification a été demandée au ministère de l’Énergie à l’endroit de l’entreprise concernée.
En ce qui concerne la reprise des actifs miniers de l’État, l’objectif est désormais de reprendre l’ensemble des actifs et de définir, de manière souveraine, la stratégie de valorisation de nos phosphates. Ceux-ci doivent servir en priorité le Sénégal et les Sénégalais, notamment dans l’agriculture, mais aussi dans des projets à plus forte valeur ajoutée comme la production de batteries. Pour les engrais, l’orientation est de développer des produits adaptés à la consommation nationale tout en visant le marché sous-régional.
Notre ambition est de devenir un acteur de référence sur ce marché, avec une capacité d’exportation de plus de 3 millions de tonnes d’engrais par an. Concernant les cimenteries, le Comité a constaté un manque à gagner important : 160 milliards de FCfa pour la première, 148 milliards de FCfa pour la deuxième, 63 milliards de FCfa pour la troisième et 47 milliards de FCfa pour la quatrième. Les causes sont similaires : non-paiement des taxes et redevances, avantages fiscaux indus et exonérations sans base légale. La décision prise consiste à réaligner l’ensemble des cimenteries sur le régime fiscal et douanier en vigueur, notamment le Code de 2016 et le nouveau code en cours de finalisation. Cela devrait permettre de générer des gains annuels supplémentaires estimés à 360 milliards de FCfa.
Dans le secteur des mines et carrières, environ 71 titres seront retirés, dont 14 pour l’or, 8 pour l’argile, 5 pour le basalte, 8 pour le calcaire, 1 pour le granite, 1 pour le kaolin, 1 pour le grès, 14 pour la latérite, 1 pour le manganèse et 1 pour le sable. Tous les titres ne respectant pas leurs engagements feront l’objet d’une renégociation. En matière d’électrification rurale, plusieurs contrats ont été renégociés dès notre arrivée, notamment ceux d’Aee Power et de Sagemcom. Ces renégociations ont permis de réaliser des économies de 11 milliards 588 millions de FCfa et d’électrifier 534 localités supplémentaires.
S’agissant du secteur pétrole-gaz, il est actuellement en cours d’examen. Des discussions sont engagées avec les partenaires, notamment sur le bloc Gta (Grand Tortue Ahmeyim), partagé avec la Mauritanie. Ce bloc gazier a débuté son exploitation l’année dernière. Sans entrer dans les détails, nous considérons que certains contrats présentent un caractère déséquilibré, et nous souhaitons engager des discussions de fond. Toutefois, la priorité reste l’approvisionnement du marché local en gaz naturel. Les discussions avancent dans ce sens, conformément au contrat de recherche et de partage de production (Crpp), qui prévoit explicitement ce droit. Cette démarche pourrait permettre de générer un gain projeté de 900 milliards de FCfa sur la période 2026-2040, ainsi que des recettes fiscales estimées à 1 090 milliards de FCfa. Concernant le projet Yaakaar-Téranga, un accord a été trouvé pour permettre au Sénégal de reprendre ce bloc dans les prochaines semaines, sans coût financier.
La nouvelle orientation stratégique consiste à rompre avec les modèles de concessions longues (25 ans) pour adopter une approche davantage alignée sur nos priorités de développement et de consommation. Comment le Sénégal peut-il mener ces réformes tout en préservant la confiance des investisseurs ?
Avec le nouveau Code des investissements. Celui-ci introduit des réformes profondes visant à moderniser l’environnement des affaires. Il repose notamment sur la digitalisation intégrale des procédures, grâce à une plateforme unique couvrant l’ensemble du processus, de la demande d’agrément au suivi des projets. Il prévoit également une facilitation de l’accès au foncier, avec l’appui de l’Apix qui accompagne les investisseurs dans l’obtention de terrains (baux emphytéotiques) et l’accès aux zones aménagées (Zai et Zes). Enfin, il introduit une territorialisation des avantages fiscaux afin d’encourager les investissements à l’intérieur du pays : 5 ans d’avantages pour les régions hors Dakar et Thiès, contre 3 ans pour ces dernières. Dans la phase d’investissement, les entreprises bénéficient d’une suspension de la Tva sur les biens et services, ainsi que d’une exonération des droits de douane sur les équipements.
L’État garantit la stabilité de ces avantages pendant toute la durée de l’agrément. En phase d’exploitation, des crédits d’impôt sont accordés, ainsi que des dispositifs sociaux spécifiques, notamment la possibilité de recourir à des contrats à durée déterminée (Cdd) adaptés pendant cinq ans. Par ailleurs, de nouveaux régimes ciblés ont été introduits, tels que le régime des investissements stratégiques et celui de l’investissement socialement responsable (Isr), qui imposent notamment des exigences en matière de sous-traitance locale et de transfert de compétences. En contrepartie, les investisseurs sont soumis à des obligations strictes de transparence, d’éthique et de respect des normes environnementales. Le non-respect des engagements peut entraîner le retrait des avantages accordés. L’objectif est clair : faire de l’investissement privé un moteur de croissance durable, de création d’emplois et de souveraineté économique, tout en garantissant un cadre sécurisé et attractif pour les investisseurs.
Comment le 3Fpt contribue-t-il concrètement à l’objectif national de former un million de jeunes selon le modèle école-entreprise ?
La formation professionnelle ne peut être efficace que si elle correspond à la réalité du travail. C’est tout le sens de la formation duale : un système qui associe, dans un même parcours, l’école et l’entreprise. La formation duale n’est plus une option, mais une réponse concrète à l’exigence d’adéquation entre la formation et l’emploi. Elle combine deux lieux d’apprentissage complémentaires : l’entreprise, où l’apprenant acquiert des compétences pratiques et une expérience réelle du travail, et le centre de formation, où il reçoit un enseignement théorique et technologique structuré. L’apprenant a un statut de salarié de l’entreprise (contrat d’apprentissage ou de professionnalisation), régi par le décret n° 2016-263 du 22 février 2016, avec 80 % du temps en entreprise et 20 % en centre de ressources.
Dans son nouveau programme de développement à l’horizon 2050, le gouvernement du Sénégal a inscrit la « massification de la formation duale », un système pédagogique qui allie l’apprentissage en salle de classe à l’apprentissage en situation réelle de travail en entreprise. Ce dispositif vise à garantir l’adéquation entre la formation et le marché de l’emploi, tout en contribuant à la réduction du chômage des jeunes. En 2022, le Sénégal a lancé une phase d’expérimentation de la formation duale : 120 jeunes apprenants ont ainsi été formés dans le domaine de l’hôtellerie. Fortes de cette expérience jugée concluante, les autorités ont décidé d’étendre ce modèle à d’autres filières, notamment le numérique, l’agrobusiness et les Btp. Pour la mise en œuvre de ce système, le Sénégal a sollicité l’accompagnement financier et technique de la Suisse, l’un des pays les plus avancés au monde en matière de formation duale. Cette coopération vise également à renforcer l’attractivité de l’enseignement professionnel. L’ambition est d’orienter, à l’horizon 2030, au moins 30 % des sortants du cycle fondamental vers la formation professionnelle.
Mais pour que ce modèle s’installe durablement, il est nécessaire de disposer d’un instrument financier adapté. C’est précisément le rôle du 3Fpt, qui intervient pour accompagner les trois acteurs du dispositif. Pour les établissements, le 3Fpt mobilise le Gfeip (Guichet de financement des établissements publics et de l’innovation pédagogique), à travers lequel il accompagne la conception des référentiels et leur adaptation au modèle dual. Pour les entreprises, il prend en charge une partie des coûts pédagogiques, soutient l’encadrement en milieu professionnel et assure la formation des tuteurs. Pour les apprenants, le 3Fpt finance les parcours de formation en centre de ressources grâce à l’octroi de bons de formation, couvrant aussi bien les formations longues (Cap, Bep, Bt, Bts) que les formations courtes (Cps).
Le défi d’orienter 30 % des élèves vers la formation professionnelle est-il réaliste ?
Si oui, quels leviers comptez-vous activer pour y parvenir ? Faire de la formation professionnelle un puissant levier de développement pour le Sénégal constitue l’ambition portée par le ministre Amadou Moustapha Ndieck Sarré. Cette vision s’inscrit dans une dynamique globale de promotion de la formation professionnelle et technique, appuyée par une stratégie de communication de masse et par la territorialisation des offres de formation et des opportunités d’insertion.
Le gouvernement du Sénégal ambitionne d’orienter 30 % des sortants du cycle fondamental vers la formation professionnelle à l’horizon 2030, en parallèle de la formation de 700 000 techniciens d’ici à 2029 et de 5 millions de jeunes à l’horizon 2050. Ces objectifs sont ambitieux, mais atteignables. Leur réalisation contribuera fortement à la vision Sénégal 2050 d’un pays souverain, juste et prospère. Toutefois, leur mise en œuvre suppose des actions structurées, une planification rigoureuse et l’engagement de l’ensemble des acteurs, à tous les niveaux de responsabilité
. Il est nécessaire de bâtir un écosystème participatif, fondé sur la territorialisation des politiques publiques, afin de mettre sur le marché du travail des ressources humaines qualifiées et adaptées aux besoins des économies locales. Dans cette dynamique, le 3Fpt se positionne comme la principale institution de financement de la formation professionnelle et technique. À ce titre, il joue le rôle de bras financier du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle et technique. Sa contribution est donc déterminante pour l’atteinte de ces objectifs.
L’intervention du 3Fpt s’articule autour de deux guichets complémentaires. Le Guichet de financement des demandes individuelles (Gfdi) permet l’octroi de bons de formation pour les formations longues comme pour les formations courtes. Le Guichet de financement des établissements publics et de l’innovation pédagogique (Gfeip) accompagne, quant à lui, les établissements dans la conception des référentiels, leur adaptation au modèle dual, ainsi que dans leur équipement, afin de garantir des conditions optimales d’apprentissage et une meilleure qualité des formations.
Quels résultats concrets et mesurables peut-on retenir du Programme Formation Insertion ?
Les projets de formation-insertion (Ppi) sont conçus pour répondre à des besoins d’insertion clairement identifiés. Ils reposent sur un partenariat structuré entre trois acteurs : les entreprises ou collectivités qui expriment des besoins en recrutement ou soutiennent des projets entrepreneuriaux, les établissements de formation chargés de la mise en œuvre pédagogique et le 3Fpt qui assure le financement. L’insertion des bénéficiaires peut se faire soit par l’emploi salarié, soit par l’auto-emploi, avec l’appui de dispositifs de financement adaptés. Depuis l’alternance politique intervenue en mars 2024, le Sénégal s’est engagé dans une nouvelle dynamique de gouvernance, traduite dans la stratégie nationale de développement 2025-2029.
L’emploi des jeunes y occupe une place centrale, à travers la formation, l’apprentissage et l’entrepreneuriat. Cette stratégie repose sur trois piliers : le développement des compétences dans les métiers du futur et la promotion de l’apprentissage, la création d’un tissu d’entrepreneurs nationaux et d’incubateurs, et le renforcement du modèle macroéconomique. Dans ce contexte, le 3Fpt a réorienté son action en mettant l’accent sur les synergies avec le secteur privé et sur les secteurs à fort potentiel d’insertion.
L’objectif est de financer des projets directement liés à l’emploi. Ainsi, le 3Fpt privilégie des projets exclusivement orientés vers l’insertion, traduisant une philosophie claire : former pour insérer, et non former pour former. Entre 2024 et 2025, le 3Fpt a financé, à hauteur de 800 millions de FCfa, 50 projets de formation-insertion, permettant de former 3 000 jeunes. Ces programmes ont bénéficié d’engagements fermes de recrutement de la part d’entreprises telles que Sen’Eau, Total, Eiffage, Sodagri, la Plateforme industrielle du textile (Pitex) et l’Entreprise générale de gestion du bâtiment et des travaux publics (E2g-Btp), entre autres.
Quelle est votre vision à moyen et long terme pour faire de la formation professionnelle un véritable moteur d’emploi et de compétitivité au Sénégal ?
Cette vision est portée par le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle et technique à travers la Lettre de politique sectorielle, qui positionne la formation professionnelle comme un levier d’industrialisation, de valorisation du capital humain et d’insertion professionnelle. Dans cette perspective, le 3Fpt se positionne comme l’instrument de référence pour le financement de la formation, avec pour objectif de renforcer durablement le capital humain, conformément à la vision Sénégal 2050, notamment à travers son axe 2 consacré à un « capital humain de qualité et à l’équité sociale ».
Entretien réalisé par Oumar FEDIOR et Seydou Prosper SADIO

