Après plusieurs semaines de présence sur le campus social de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), les forces de l’ordre ont finalement quitté les lieux. Un retrait accueilli avec soulagement par de nombreux étudiants qui dénonçaient, depuis des jours, une cohabitation jugée incompatible avec la sérénité nécessaire à la vie universitaire.
C’est un vent de soulagement qui souffle sur le grand campus social de l’Ucad. Après plusieurs semaines de présence, les forces de l’ordre composées majoritairement des éléments de la police ont finalement quitté les lieux. Les fourgonnettes et autres engins ont décampé hier soir, mettant fin à une présence qui suscitait de vives critiques au sein de la communauté estudiantine.
Depuis plusieurs jours, les amicales d’étudiants et des acteurs sociaux n’ont cessé d’alerter sur cette cohabitation jugée difficile entre étudiants et forces de sécurité. Après de multiples dénonciations, les limiers ont finalement quitté les lieux, samedi dernier en début de soirée.
Pour Adama Sall, étudiant en droit, le départ des forces de l’ordre est une véritable délivrance. « Nous ne sommes ni des bandits ni des criminels. Nous sommes l’avenir de ce pays. Je ne vois pas la raison de la présence policière sur le campus », affirme-t-il, visiblement soulagé.
Même sentiment chez Souleymane Diop, qui estime que la présence des forces de l’ordre contribuait à instaurer un climat de méfiance et de peur au sein du campus. « Le campus est un lieu de vie qui doit offrir un climat de paix et de tranquillité », souligne l’étudiant.
Fatou Diop, inscrite en sociologie, exprime également son indignation face à cette situation. Elle perçoit la présence des policiers sur le campus comme étant un signe d’occupation d’un domaine voué à l’expression de la liberté. « Vous ne verrez dans aucun pays du monde une cohabitation permanente entre étudiants et police. L’espace universitaire est un environnement de liberté », martèle la jeune étudiante.
Un stress post-traumatique
Interpellé sur les violences et les actes de vandalisme parfois observés lors des manifestations d’étudiants, Matar Niang souligne que « si les étudiants manifestent, c’est parce qu’ils ont d’abord alerté et utilisé toutes les voies possibles ». Selon lui, les difficultés structurelles auxquelles font face les universités expliquent en grande partie ces tensions.
Si certains saluent ce retrait, d’autres restent marqués par les évènements récents. Pour Daouda Sall, étudiant en sociologie, la situation laisse un goût amer. « C’est comme si on nous disait que nous ne représentons rien dans ce pays. Comment peut-on violenter des étudiants jusqu’à ce que l’irréparable se produise ? », s’indigne-t-il.
Selon lui, les violences ont laissé des traces profondes. « Je ne peux même pas décrire l’intensité des violences et la répression subie. Beaucoup d’étudiants vivent encore avec la psychose de ces évènements. Au lieu de les rassurer et de leur apporter un soutien, on a entretenu la peur et la tension à travers la présence des forces de l’ordre », analyse-t-il.
Mame Diarra Diop, étudiante en maîtrise de droit, partage également ces inquiétudes. « Tout le monde sait que les relations entre étudiants et policiers sont souvent tendues. Une présence policière permanente dans le campus peut dégénérer à tout moment », estime-t-elle.
D’autres, à l’image de Mohamed Diop, étudiant en histoire, préfèrent retenir la décision de retrait. « Je crois que c’est une bonne chose. Nous saluons cette décision. La présence des forces de l’ordre ne rime pas avec la sérénité et la quiétude dont le campus a besoin, surtout après ces évènements marqués par la mort de notre camarade », souligne-t-il.
Marème Fall abonde dans le même sens pour affirmer que la décision est salutaire.
Entre dénonciations et satisfaction face au départ des forces de sécurité, les étudiants réaffirment leur attachement à un campus paisible et propice aux études. Pour beaucoup, ce retrait marque l’espoir d’un retour à une vie universitaire plus sereine, loin des tensions qui ont récemment secoué l’université.

