Construit en 1981, le Village artisanal de Saly est l’un des lieux culturels les plus emblématiques de la station balnéaire. Implanté au cœur de la commune, ce site constitue un passage incontournable pour les touristes. C’est également un espace vivant et de création qui abrite plusieurs corps de métiers de l’artisanat sénégalais.
MBOUR – Son emplacement stratégique, sur le bas-côté de la route principale, attire naturellement la curiosité. Impossible de traverser l’axe sans remarquer l’animation permanente qui règne autour du site. Devant le portail, un va-et-vient incessant de visiteurs témoigne de l’affluence du village, notamment en haute saison touristique.
Créé en 1981 sous l’impulsion de l’ancien chef de l’État, Abdou Diouf, le site n’était pas initialement destiné à l’artisanat. Il servait d’abord de centre d’approvisionnement en denrées alimentaires pour les hôtels de la station balnéaire. Quelques années plus tard, face à l’affluence des marchands d’objets d’art installés le long des plages, l’espace est finalement mis à la disposition des artisans. C’est ainsi qu’il devient, au fil du temps, le Village artisanal de Saly.
Dès l’entrée, le visiteur est plongé dans une atmosphère rappelant les villages traditionnels africains. Les cases aux toits de chaume, alignées le long des allées, évoquent le caractère mythique et authentique de la tradition africaine. Cette ambiance particulière offre un cadre propice à la découverte de la culture africaine, dans un dialogue harmonieux avec les influences occidentales portées par les visiteurs.
Le village regroupe une grande diversité de métiers : vanniers, peintres, sculpteurs, maroquiniers, bijoutiers, menuisiers, fabricants de poupées, plasticiens, entre d’autres.
Un lieu touristique et culturel vivant
Il s’agit, en somme, de produits authentiques, entièrement conçus et fabriqués au Sénégal. « Nous avons 19 corps de métiers répartis sur 113 boutiques. Tous les articles vendus ici sont fabriqués par nos membres. De la conception au produit fini, tout se fait sur place », explique Momar Diaw, président du Village artisanal de Saly depuis 2012.
La structure regroupe aujourd’hui près de 226 membres et dépend de la Chambre des métiers de Thiès. Ouvert du lundi au dimanche, à l’exception des jours fériés, le village accueille une clientèle majoritairement européenne. Les visiteurs viennent principalement de Belgique, de France, d’Espagne, d’Allemagne, etc. Ils recherchent aussi bien des souvenirs authentiques que des objets décoratifs ou des sculptures de taille moyenne, plus faciles à transporter.
Au-delà de sa vocation commerciale, le Village artisanal de Saly est avant tout un espace d’échanges et de rencontres. Il reflète la richesse et la diversité culturelle africaines. Si certains touristes viennent dans le but d’acheter, d’autres s’y rendent par simple curiosité, désireux de découvrir le savoir-faire artisanal sénégalais. Maria Luisa, Helena et Angeles, venues d’Espagne, se disent séduites par la qualité des articles exposés.
« À première vue, nous découvrons des objets de grande qualité et nous comptons en rapporter dans notre pays », confie l’une d’elles. Parmi les artisans, Moustapha Ngome, artiste visuel et peintre autodidacte, incarne cette passion pour la création.
Depuis 1998, il réalise et vend des tableaux sous différentes formes. « Je peins sur toile, sous verre, et je réalise aussi des fresques décoratives », explique-t-il. Inspiré par la culture africaine, son travail rencontre un franc succès auprès des visiteurs. « Les touristes préfèrent les objets légers, comme les tableaux ou les œuvres fabriquées à partir de matériaux de récupération », précise-t-il.
Selon Momar Diaw, la matière première est disponible localement, ce qui permet une production entièrement locale, du début à la fin. La basse saison représente d’ailleurs une opportunité pour les touristes, avec des prix plus accessibles. Toutefois, le président du Village artisanal plaide pour une modernisation du site et sollicite l’accompagnement de l’État afin de rendre le cadre plus attractif.
Abdoulaye Dieng, marchand de statuettes depuis 27 ans, estime également qu’avec plus de soutien, le village pourrait davantage contribuer à la promotion de la destination Sénégal. Il souligne cependant un problème récurrent : la présence de rabatteurs non officiels à l’entrée du site.
« Certains touristes se plaignent du racolage, voire de harcèlement. Il faut une meilleure organisation et identifier clairement les acteurs autorisés », déplore-t-il.
Plus de quarante ans après sa création, le Village artisanal de Saly demeure un symbole fort du patrimoine culturel et artisanal sénégalais. À travers ses artisans, ses œuvres et son ambiance conviviale, il continue d’accueillir des visiteurs venus du monde entier, curieux de découvrir l’âme créative du Sénégal.
Par Ibrahima MBAYE

