Avec une progression limitée à 0,46 % de son trafic passager en 2025, soit 2,94 millions de voyageurs, l’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD) confirme une dynamique de croissance atone. Huit ans après son inauguration, cette performance soulève des interrogations sur la capacité de la principale plateforme aéroportuaire du Sénégal à remplir pleinement son rôle de moteur de connectivité et de compétitivité régionale.
Certes, l’AIBD maintient un niveau de trafic stable dans un environnement international contraignant, marqué par la volatilité des coûts énergétiques, les tensions géopolitiques et les fragilités économiques de la sous-région ouest-africaine. Toutefois, la faiblesse de la progression annuelle qui est de seulement 13 500 passagers supplémentaires entre 2024 et 2025, traduit un essoufflement préoccupant au regard des ambitions initiales assignées à cette infrastructure lors de sa mise en service en 2017. La quasi-stagnation du trafic ne saurait être imputée uniquement aux effets conjoncturels. Elle révèle également des contraintes structurelles persistantes : une diversification encore insuffisante des dessertes, une dépendance marquée à quelques compagnies et lignes régulières, ainsi qu’une intégration limitée dans les grands réseaux de correspondance internationaux. En l’absence d’un positionnement clair sur le marché du transit régional et intercontinental, l’AIBD peine à capter les flux qui structurent les hubs les plus performants du continent.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que la plateforme dispose d’une capacité théorique de 10 millions de passagers par an. Avec un taux d’utilisation d’environ 29 %, l’écart entre les capacités installées et le trafic réel met en lumière un potentiel largement inexploité, posant à la fois la question de la rentabilité économique de l’infrastructure et celle de l’optimisation des investissements publics consentis.
Un hub régional encore à construire
Conçu pour remplacer l’ancien aéroport Léopold Sédar Senghor et positionner Dakar comme une porte d’entrée stratégique vers l’Afrique de l’Ouest, l’AIBD bénéficie pourtant d’atouts indéniables : des infrastructures modernes, une position géographique favorable sur les axes Europe–Afrique–Amériques, et une proximité avec un pôle économique national en croissance. Toutefois, ces avantages comparatifs ne se traduisent pas encore par un avantage concurrentiel décisif face à des plateformes régionales de plus en plus offensives.
L’absence d’une masse critique de trafic de correspondance limite la capacité de l’aéroport à jouer pleinement son rôle de hub. Or, dans un contexte de concurrence accrue entre plateformes africaines, la seule modernité des installations ne suffit plus : elle doit s’accompagner d’une stratégie commerciale agressive et d’une politique incitative claire à destination des compagnies aériennes.
Des choix stratégiques déterminants
Dans cette perspective, la relance de la croissance de l’AIBD passe par l’activation de leviers structurants : élargissement du réseau de destinations, renforcement des partenariats avec les compagnies long-courriers, meilleure articulation avec la stratégie nationale de développement touristique et amélioration de l’expérience passager pour accroître l’attractivité du site.
Au-delà des performances aéroportuaires, l’enjeu est fondamentalement macroéconomique. La capacité du Sénégal à s’affirmer comme un hub régional de services, de tourisme et d’affaires dépend en partie de l’efficacité de sa principale porte d’entrée aérienne. Une simple stabilisation du trafic ne saurait donc constituer une fin en soi.
Les prochaines années seront déterminantes pour savoir si l’AIBD peut dépasser la phase actuelle de sous-exploitation et s’inscrire dans une trajectoire de croissance durable, à la hauteur des investissements réalisés et des ambitions stratégiques affichées.
JEAN PIERRE MALOU

