Ce qui se présentait comme une ambitieuse success story éducative à l’américaine s’est brutalement effondré sous le poids de graves accusations. À Keur-Massar, l’American Dara Academy, établissement privé ouvert en 2019 et destiné à former de jeunes musulmans américains à l’excellence académique et spirituelle, est aujourd’hui au cœur d’un scandale retentissant mêlant violences sur mineurs, fonctionnement illégal et mise en danger de la vie d’enfants étrangers, rapporte L’Observateur.
Selon le quotidien, la Brigade de recherches de Keur-Massar a procédé, ce lundi, à l’arrestation de quatre responsables de l’établissement, soupçonnés d’avoir instauré un système de maltraitance systémique sur des élèves américains mineurs. Une affaire sensible, aux ramifications diplomatiques, déclenchée après la fuite d’un pensionnaire qui a levé le voile sur l’envers du décor.
Une école florissante aux chiffres vertigineux
À ses débuts, l’American Dara Academy avait tout pour séduire. Son programme, pensé pour des familles américaines en quête d’un cadre éducatif islamique rigoureux, a attiré plus de 300 pensionnaires au fil des ans, dont plus de 100 citoyens américains mineurs. Le succès est tel que le chiffre d’affaires mensuel aurait rapidement atteint les 300 millions de francs CFA, souligne L’Observateur.
Face à l’afflux d’élèves, les responsables ouvrent même une annexe à Toubab Dialao en septembre 2025, destinée à accueillir le surplus de pensionnaires. Plus de 50 enfants américains, âgés de 10 à 15 ans, y auraient été logés. Mais cette expansion fulgurante va précipiter la chute de l’institution.
La dénonciation venue de l’ambassade américaine
L’affaire éclate lorsque Patrick Grey, directeur de la sécurité de l’ambassade des États-Unis à Dakar, saisit officiellement le procureur de la République de Pikine-Guédiawaye par une lettre-plainte datée du 12 janvier. La section chargée de l’assistance des citoyens américains y dénonce « des allégations d’atteintes à l’intégrité physique, de violences sévères et de traitements dégradants » infligés à des mineurs américains pensionnaires de l’académie, rapporte L’Observateur.
Dès le 5 août 2025, un premier signalement avait été fait par un élève ayant réussi à s’enfuir du site de Toubab Dialao. Un second, en décembre 2025, évoquait de nouvelles violences sur plusieurs enfants. L’accumulation de témoignages pousse alors l’ambassade américaine à saisir la justice sénégalaise.
Un système illégal et des conditions alarmantes
L’enquête de la Brigade de recherches de Keur-Massar révèle un dispositif à deux vitesses. À Keur-Massar, l’établissement principal disposait d’une attestation d’ouverture délivrée en avril 2023 au nom de M. L. Bâ, informaticien. Mais les enquêteurs découvrent rapidement qu’il ne s’agirait que d’un prête-nom, dissimulant le véritable fondateur, M. S. Diallo, un binational américano-guinéen, précise L’Observateur.
À Toubab Dialao, en revanche, l’annexe fonctionnait sans aucune autorisation du ministère de l’Éducation nationale. Les conditions de vie y sont décrites comme alarmantes : bâtiments inachevés, absence de clôture, salles délabrées et toilettes en zinc à ciel ouvert, jugées impraticables.
La « Magic Room », symbole d’un système punitif brutal
Lors d’une visite des enquêteurs le 15 janvier 2026, le silence pesant des pensionnaires intrigue. Seuls quatre élèves, âgés de 13 à 16 ans, acceptent de témoigner. Leurs récits concordants décrivent un système disciplinaire violent et humiliant, avec l’existence d’une prison interne surnommée la « Magic Room », où étaient enfermés les élèves jugés fautifs, parfois pour avoir simplement parlé à une fille, rapporte L’Observateur.
Les témoignages évoquent également une « équipe de bastonnade », composée de superviseurs chargés d’infliger des sévices corporels aux enfants.
Des expertises contradictoires
Deux expertises ont été versées au dossier. Le médecin du centre de santé de Keur-Massar, après avoir examiné une vingtaine d’élèves, n’a relevé que des « égratignures superficielles ». Une analyse en net contraste avec le rapport accablant de l’Action éducative en milieu ouvert (Aemo), qui parle de « violence institutionnelle clairement notée » et d’une absence totale de mécanismes de protection des enfants, souligne L’Observateur. Le modèle pédagogique hybride et l’incapacité des responsables à fournir les documents requis y sont également pointés du doigt.
Quatre responsables face à la justice
Placés en garde à vue le 19 janvier, le fondateur présumé, le prête-nom et deux superviseurs ont été déférés ce mardi 21 janvier devant le parquet de Pikine-Guédiawaye. Inculpés pour défaut d’autorisation, violences et sévices corporels sur mineurs américains, coups et blessures volontaires et mise en danger de la vie d’autrui, ils ont adopté des lignes de défense divergentes. Tous contestent cependant l’ampleur des accusations, selon L’Observateur.
Dakaractu
