Dans un climat international marqué par le ralentissement et le protectionnisme, l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) affiche une santé économique robuste. Le Sénégal, avec l’exploitation de ses gisements pétroliers et gaziers, incarne cette vitalité, même si des déséquilibres commerciaux et une dette élevée rappellent les défis à surmonter.
Alors que le Fonds monétaire international (Fmi) anticipe un ralentissement de la croissance mondiale à 3,2 % en 2025, sous l’effet des tensions commerciales et des incertitudes géopolitiques, l’espace Uemoa (Union économique et monétaire ouest africaine) fait preuve d’une résilience remarquable. Selon la note de conjoncture de l’Uemoa publiée, mercredi, « la croissance régionale devrait, en effet, s’établir à 6,7 % cette année, en nette amélioration par rapport aux 6,2 % de 2024 ». Cette performance, l’une des plus élevées au monde, s’explique par « la conjugaison de plusieurs facteurs : une demande intérieure soutenue, des récoltes agricoles globalement bonnes et, fait majeur, l’entrée en production de nouveaux gisements d’hydrocarbures, notamment au Niger et au Sénégal ».
Le Sénégal apparaît comme un pivot central de cette dynamique régionale. Son activité industrielle a enregistré une progression spectaculaire de 25,3 % au troisième trimestre 2025 sur un an, tirée par un bond de 61 % du sous-secteur extractif, première concrétisation de l’exploitation pétrolière et gazière offshore. Cette manne nouvelle transforme les perspectives économiques du pays. « Toutefois, cette embellie sectorielle ne doit pas occulter certaines fragilités conjoncturelles.
Au même trimestre, les exportations sénégalaises ont, en effet, reculé de 11,4 % en variation trimestrielle, une contreperformance ayant contribué au retour dans le rouge du solde commercial de l’Uemoa, avec un déficit de 261,4 de FCfa », ajoute la source. Sur le front de l’inflation, la zone, dans son ensemble, bénéficie d’un net ralentissement. Le taux annuel prévu pour 2025 n’est plus que de 0,8 %, bien en deçà du seuil communautaire de 3 %, porté par la baisse des prix alimentaires et énergétiques. La situation du Sénégal présente un profil particulier : l’inflation y est ressortie à +2,2 % en 2025, principalement alimentée par les produits alimentaires. Cette tendance, indique la note, « place le pays en contraste avec des partenaires comme le Niger (-9,2 %) ou la Côte d’Ivoire (-0,6 %), mais elle reste globalement maîtrisée ». La discipline budgétaire s’est quant à elle renforcée. Commerce extérieur, une balance en tension Les recettes publiques de l’Union ont progressé de 19,7 % sur un an grâce à une meilleure mobilisation fiscale.
Le Sénégal se distingue par un effort marqué de rationalisation des dépenses, lesquelles ont baissé de 28,1 % au troisième trimestre, permettant une amélioration significative de son solde budgétaire. Cet assainissement reste néanmoins un impératif face à un niveau d’endettement public qui, réévalué à 119 % du Pib pour 2024, place le pays parmi les plus endettés du continent et appelle à une vigilance extrême. De plus, la situation monétaire présente des évolutions contrastées. Si la masse monétaire a légèrement progressé (+0,8 %) au niveau de l’Union, les actifs extérieurs nets ont reculé, en particulier au Sénégal (-13,4 %), reflétant les pressions sur les réserves de change. Malgré ces défis, les perspectives pour l’Uemoa demeurent positives pour l’ensemble de l’année 2025.
La région démontre, en effet, sa capacité à naviguer dans un environnement mondial volatile. Par ailleurs, l’Uemoa affiche une robustesse incontestable, capitalisant sur ses ressources naturelles et la vigueur de sa demande intérieure. Le Sénégal, à la faveur de son entrée dans le cercle des producteurs d’hydrocarbures, incarne cette transition et porte des espoirs de transformation structurelle, indique la note de conjoncture.
La pérennité de cette croissance exige toutefois de poursuivre l’assainissement des finances publiques, de diversifier les exportations et de contenir les facteurs d’inflation, afin que la manne énergétique profite à une prospérité partagée et durable, alerte l’Uemoa.
Pathé NIANG

