Porter la décentralisation sénégalaise au rang de modèle de référence sur le continent africain. Tel est l’objectif clairement affiché par les autorités à travers à travers l’Acte IV de la décentralisation. Une ambition que le ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires, Balla Moussa Fofana, a réaffirmé hier, vendredi 9 janvier 2026 à Kedougou à l’occasion de la clôture de la deuxième journée marquant l’aboutissement de dix-huit mois de concertations nationales consacrées à cette réforme.
Au terme des travaux, le ministre a souligné que ces échanges approfondis ont permis de dégager les axes et les leviers de la réforme, de nature à hisser la décentralisation sénégalaise à un niveau comparable, voire supérieur, à celui observé dans plusieurs pays africains, engagés dans des processus similaires.
Pour Balla Moussa Fofana, la décentralisation ne saurait être pensée comme un modèle uniforme appliqué indistinctement sur l’ensemble du territoire national. «Les enjeux ne se posent pas de la même manière au Sénégal oriental, en Casamance, à Saint-Louis ou à Matam», a-t-il expliqué dans lesoleil.sn, plaidant pour une approche différenciée tenant compte des spécificités propres à chaque pôle territorial afin de réduire les disparités et de renforcer la cohésion nationale.
Dans cette perspective, l’étape de Kédougou revêt, une portée stratégique particulière.
« Kédougou n’est pas un point éloigné, c’est une porte qui nous ouvre vers l’Afrique», a affirmé le ministre, mettant en avant la position transfrontalière de la région ainsi que ses potentialités agricoles, minières et touristiques.
15 POINTS DE REFORME IDENTIFIES
S’adressant aux populations locales, Balla Moussa Fofana a tenu à dissiper toute inquiétude quant aux intentions de la réforme : « La République doit rassembler, rassurer et réunir. Chaque citoyen compte, chaque quartier contribue », a-t-il déclaré. Il a insisté sur la nécessité de professionnaliser le statut de l’élu local et de renforcer l’ingénierie financière des collectivités pour mobiliser des ressources innovantes, au-delà des simples transferts budgétaires de l’État.
La démarche inclusive engagées avec les faîtières d’élus, l’administration territoriale et l’ensemble des acteurs locaux a permis d’identifier quinze axes de réforme
«Parmi les priorités figurent l’instauration d’une fiscalité propre aux municipalités, la création d’une fonction publique locale, ainsi qu’une meilleure organisation des services municipaux. Une municipalité n’a de sens que lorsqu’elle est capable d’impacter le quotidien du Sénégalais, car elle représente l’État auprès du citoyen », a souligné le ministre, insistant sur la viabilité technique et sociale des collectivités.
La réforme accorde également une attention particulière à la gouvernance de proximité, notamment à l’échelle des quartiers. « Il ne peut y avoir de changement si cela ne se passe pas au niveau des quartiers», a-t-il insisté, citant le budget participatif et l’implication directe des citoyens comme instruments essentiels du développement local.
«PROFESSIONNALISER LA GOUVERNANCE LOCALE TOUT EN RENFORÇANT LA TRANSPARENCE ET L’EFFICACITE DE L’ACTION PUBLIQUE»
Abondant dans le même sens, le directeur des Collectivités territoriales, Arona Bâ, a révélé que le Sénégal accuse un retard institutionnel par rapport aux standards régionaux. Une situation qui selon lui, rend indispensable, une clarification du cadre juridique régissant les droits, obligations et garanties attachés à l’exercice des mandats locaux.
«L’objectif central n’est pas de soustraire les élus à leurs responsabilités, mais de professionnaliser la gouvernance locale tout en renforçant la transparence et l’efficacité de l’action publique. En structurant ce cadre légal, le projet ambitionne de restaurer la crédibilité des institutions et de soutenir une décentralisation performante et protectrice face aux nouveaux défis de la gestion territoriale», a-t-il expliqué, intervenant sur le statut de l’élu.
… ET ADAPTER LA REFORME AUX REALITES DE CHAQUE POLE TERRITORIAL
S’exprimant sur les mécanismes de financement du développement territorial, Papa Mamadou Cissé, ingénieur en développement local, et El Hadji Fall du Programme d’Appui aux Communes et Agglomérations du Sénégal (PACASEN), ont insisté l’accent sur la nécessité de dépasser les schémas classiques de transferts étatiques. Face à l’urbanisation accélérée et aux effets du changement climatique. Ils ont plaidé pour les recours àdes financements innovants tels que les partenariats public-privé, les obligations vertes et les instruments de la finance climatique, afin de doter les territoires d’infrastructures structurantes et résilientes.
En définitive, l’Acte IV de la décentralisation vise à promouvoir un modèle de développement ascendant, fondé sur une transformation progressive à partir du citoyen, du quartier, de la localité et du territoire. Une vision qui entend positionner le Sénégal comme un pays moteur du développement territorial en Afrique.
Mariama DJIGO

