Lors de l’examen du projet de loi de finances 2026, Anta Babacar Ngom a tiré la sonnette d’alarme sur la situation des finances publiques du Sénégal. Selon elle, le pays traverse une « situation d’une gravité exceptionnelle ».
La parlementaire a insisté sur le fait que la stabilité, la crédibilité et la dignité de l’État reposent directement sur la santé financière de la nation. Elle a appelé à une gestion marquée par la responsabilité, la rigueur et la prévoyance de la part de tous les acteurs gouvernementaux.
Anta Babacar Ngom a dressé un tableau financier sombre, mettant en lumière des indicateurs macroéconomiques préoccupants : Déficit : atteignant 13,4% du PIB. dette Publique : Réévaluée de 74% à un niveau « astronomique » de 119%. Besoin annuel de financement dépassant les 6 000 milliards de francs CFA, aggravé par des arriérés intérieurs.
Elle a également pointé du doigt la saturation du marché financier, une détérioration des finances extérieures et, plus grave encore, la perte de crédibilité auprès des partenaires internationaux due au « misreporting » ou à ce que le Premier ministre a qualifié de « dette cachée ».
« Il s’agit là d’une vraie crise de liquidité, très sérieuse. Et si nous n’y trouvons pas des solutions très rapides, cela pourrait nous mener droit vers la défaillance », a-t-elle averti.
Anta Babacar Ngom a salué la décision de modifier l’année de référence du PIB (passant de 2014 à 2021), notant que cela « modifie de façon mécanique le PIB nominal » et impacte des ratios clés comme l’endettement, la pression fiscale et le déficit. Elle a reconnu que cette révision pourrait également modifier l’appréciation de la souveraineté du pays et potentiellement l’allocation souveraine.
Toutefois, une interrogation majeure subsiste concernant le projet de budget actuel : « Est-ce que les chiffres que vous nous proposez aujourd’hui dans ce projet de budget ont été calculés sur la base du [nouveau] PIB… sur le déficit projeté à 5,3% sur la pression fiscale de 23,2% sur l’endettement ? », a-t-elle demandé.
Analysant les dépenses, elle a soulevé une incohérence dans l’affirmation du gouvernement d’une baisse des dépenses de fonctionnement. Si la ligne « biens et services plus transferts courants » a effectivement diminué de 14,5% (soit 295 milliards), elle insiste pour inclure les autres composantes clés : Masse salariale avec l’augmentation de 3,2%. Intérêts plus commissions, explosion à 27,7%. « Vous conviendrez alors avec moi que les charges de fonctionnement ont bel et bien augmenté de 25,3 milliards », a-t-elle martelé.
Le point central de son intervention reste la dette. Anta Babacar Ngom a exprimé sa conviction qu’aucune « trajectoire de redressement ne sera prise » tant que la question de la dette ne sera pas traitée « de façon frontale et de façon ordonnée ».
Elle a clairement plaidé pour une restructuration maîtrisée et négociée de la dette, tout en reconnaissant la réticence du ministre à aborder ce sujet.
« Je vous demande, M. le ministre, je vous invite à reconsidérer cette question pour affronter notre crise de liquidité préoccupante. Ou sinon, expliquez-nous mieux pourquoi », a-t-elle insisté.
En conclusion, Anta Babacar Ngom a appelé le gouvernement à faire preuve de « courage, de cohérence et d’une transparence totale ». Elle a souhaité au ministre « beaucoup de force et surtout beaucoup de succès », car leur réussite est, selon elle, « un impératif national » et une garantie de souveraineté. Elle a assuré que, malgré une vigilance et une exigence maintenues, l’opposition restera « constructive et surtout responsable pour sortir notre pays de cette impasse ».

