El-Hâdj Ibrâhîm Niass, que l’on nomme affectueusement Bâye, Barham ou encore Cheikh al-Islam, naquit le jeudi 8 novembre 1900 à Taïba Niassène, sur la terre bénie fondée par son père, El-Hâdj Abdallâh Tafsîr Mouhammad Niass. Sa mère, Saïdâ Aïcha Diankha dite Astou, femme de piété et de vertu, reçut cette annonce prophétique de son époux : « Cette femme donnera naissance à mon héritier spirituel et il ne peut en être autrement. »
Avant même sa naissance, des songes vinrent annoncer sa destinée. Cheikh Alioune Cissé rapporte que sa mère vit en rêve la lune se fendre et descendre sur elle. Son père l’apaisa et lui recommanda le silence, conscient que l’enfant à naître porterait une mission universelle.
Dès son jeune âge, Baye s’immergea dans le savoir : exégèse, droit musulman, langue arabe, rhétorique et surtout tasawouf, cette science qui purifie le cœur et qui, selon Aboul Abbâs Tidjâni, consiste à « pratiquer les préceptes divins et renoncer aux illusions du monde, dans le visible comme dans le caché. » À seulement 21 ans, il offrit au monde son premier ouvrage majeur, Rouhoul Adab (L’Esprit de la bonne conduite), avant de laisser plus de vingt œuvres, parmi lesquelles le poème monumental Taysîr al-wousoûl ilâ hadrati Rassoûl.
La Fayda : l’effusion annoncée
Après le rappel à Dieu de son père en 1922, Baye se plaça sous l’ombre de son frère aîné, Khalifa Mouhamadou Aminata Niass, enseignant dans les écoles coraniques de Kaolack, Taïba et Kossi. Mais en 1929, alors que le monde sombrait dans la grande crise économique, il proclama ouvertement être celui annoncé par Mawlânâ Cheikh Ahmad Tidjâni : le détenteur de la Fayda, cette effusion divine promise.
Aboul Abbâs décrivait ainsi cette irruption spirituelle : « L’effluve viendra avec un de mes disciples à tel point que les hommes entreront dans notre voie par groupes, par peuples. » Et Cheikh Abdallâh Oud Hâdj el Alawi confirma : « Ton fils n’a nullement besoin d’être parrainé par une créature car Dieu le Très-Haut l’a élu. Une Fayda te viendra entre les mains en vérité et sans aucun doute. »
En vérité, la Fayda — « inondation » en arabe — n’était pas seulement l’expansion de la Tidianiyya, mais une déferlante de lumière, rassemblant des peuples entiers dans l’unité divine. Des foules entières vinrent, assoiffées, s’abreuver à cette source de gnose et de proximité avec le Prophète (psl).
Baye, pèlerin de l’universalité
De 1937 à 1971, Baye accomplit dix-sept fois le pèlerinage à La Mecque, recevant à Fès la silsila al-zahabiya (chaîne dorée) des mains de Seydî Ahmed Sukayrij. Ses rencontres avec l’Émir de Kano, Abdoullâh Ibn Abbâs Bayero, et d’autres figures majeures du monde musulman firent de lui le guide spirituel le plus suivi de son temps.
Dès 1956, plus de 15 millions de Nigérians s’étaient affiliés à lui. Aujourd’hui, son héritage rayonne auprès de près de 100 millions d’âmes, une mosaïque de peuples — Africains, Européens, Asiatiques, Américains — rassemblés dans la même lumière. Comme le disait son père : « C’est le devoir d’un fleuve que d’être plein à déborder. »
Un maître de la voie et de la paix
Baye Niass n’était pas seulement un érudit : il était un veilleur, une sentinelle de la foi. « Dieu m’a créé uniquement pour résoudre les problèmes parce qu’Il m’a confié le Secret des secrets », disait-il. Son enseignement insistait sur la purification du cœur, miroir terni par les passions, et sur l’amour immense pour le Prophète Muhammad (psl), résumé dans ses poèmes et ses suppliques.
Il ne dormait que quelques heures par jour, récitait le Coran en entier trois fois par semaine et engageait sans relâche ses disciples sur la voie du savoir. Aux jeunes, il lançait cet appel immortel :
« Chers jeunes, en avant ! L’avenir d’une nation repose sur une jeunesse cultivée et noble. Une jeunesse sans culture et sans vertu est comme un arbre stérile. Appliquez-vous et persévérez dans la quête du savoir. »
Il encourageait aussi les femmes à accéder aux plus hautes sciences, leur rappelant : « En matière de connaissance, les femmes devraient rivaliser avec les hommes. »
Héritage et Mawlid
Aujourd’hui, ses écrits et ses invocations continuent de guider les cœurs. Comme le rappelle son digne successeur, Serigne Mahi Niass : « Cheikh Al-Islam a appris à adorer et à suivre les traces du Prophète (psl). Dans un monde où l’incertitude est grande, ses écrits doivent en permanence nous rappeler ses enseignements. »
Le Mawlid, célébration de la naissance du Prophète, était pour lui un moment d’intense transmission : rappeler que la lumière muhammadienne éclaire toute l’humanité. Dans ses sermons, il soulignait l’universalité de l’islam, religion de justice et de paix, où « il n’y a pas de privilège pour l’homme blanc sur l’homme noir, si ce n’est par la piété (taqwa). »
Ainsi, Baye Niass demeure ce guide dont la vie fut une réponse à la promesse divine. Son héritage, la Fayda, continue de déborder, irriguant les cœurs et unissant les peuples dans la lumière de l’Unicité.