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SÉNÉGAL : L'art d'opposer des victimes les unes aux autres !
Publié le : Mardi 17 Octobre 2017 - 22:04 - Commentaires : 9 - Consulté : 617 Imprimer

La récente histoire de la mort tragique d'une fillette à l'hôpital de Pikine a réveillé les vieux demons de la division et comme c'est souvent le cas en pareille circonstance, la passion et la forte charge émotionnelle l'emportent sur la raison et l'analyse lucide.

La toile et les réseaux sociaux s'enflamment avec des vagues d'indignation (très légitime) mais hélas mal orientée, vers la mauvaise direction.
Les Medecins (le corps médical de façon général) sont pris pour cibles : ils sont devenus rapidement l'exutoire, le punching-ball, le mur des lamentations pour dégonfler la gigantesque bulle de colère sociale qui constitue une menace grave de tout régime et au grand bonheur des seuls véritables responsables de ces tragédies récurrentes : les autorités, l'Etat, le régime peu importe l'appellation.

Eh oui médecins et patients sont tous des victimes d'un système pourri qui perdure par la seule absence de bonne volonté de ceux qui nous dirigent.
Il y'a des personnes qui se sont portées volontaires, sans aucune contrainte ni pression, qui ont réclamé nos suffrages électoraux pour régler nos problèmes de santé, de sécurité, d'éducation etc...
Cela il ne faut jamais l'oublier.
Ces mêmes personnes, lorsque le besoin se fait sentir, s'envolent avec l'argent du contribuable pour se faire soigner vers d'autres pays, où leurs homologues investis des mêmes responsabilités, font de la santé de leurs populations une priorité non négociable en mettant en place les moyens et les conditions d'exercice correctes de la Médecine garantissant une qualité de soins et donc en droit d'exiger une obligation de résultats à leurs Médecins.

Il ne faut surtout pas voir dans mon argumentaire une démarche corporatiste de soutien ou de defense de mes confrères médecins.
Pour avoir trop souvent vécu ces situations (qui sont le quotidien dans les hôpitaux et structures sanitaires du Sénégal depuis belle lurette), je crois très humblement être en mesure d'y apporter une analyse lucide sans succomber aux sirènes de la passion et de la colère qui poussent inconsciemment vers des boucs émissaires.

"Les Medecins ont refusé de lui prodiguer des soins faute d'argent...". Cette accusation injuste, inacceptable, colportée comme du copier-coller trop souvent dans un contexte de colère explosive (du reste très légitime) mérite quelques éclaircissements à mon avis.

EFETS NÉFASTES DE LA REFORME HOSPITALIÈRE !

La fameuse réforme hospitalière qui a consacré entre autre l'autonomie de gestion des hôpitaux a engendré des effets pervers que je vous invite à méditer calmement sans passion pour bien situer les responsabilités respectives des uns et des autres.
Loin de moi toute velléité d'absoudre qui que se soit ou de justifier quoi que ce soit : il s'agit juste de présenter la situation telle qu'elle est.

Dans tous les "services d'urgence" du pays (ils ne le sont que de nom pour la plupart), les accompagnants des patients sont reçus par un "administratif" préposé à l'accueil pour les formalités administratives d'admission.
Celui ci (qui n'est ni Médecin ni personnel soignant faut-il le rappeler) réclame des garanties de solvabilité (pour la petite histoire vous n'imaginez pas le nombre de pièces d'identité déposées dans ces services d'accueil comme garantie pour lesquelles les propriétaires disparaissent tout simplement pour ensuite se faire établir un certificat de perte et une nouvelle demande de pièce d'identité).
Ce pauvre "administratif" est investi de la mission "ingrate" du recouvrement des soins car en amont il faut savoir que l'hôpital qui croule sous le poids des dettes vis à vis des fournisseurs en matériels et médicaments, fait une gymnastique périlleuse entre le recouvrement de ses prestations et le règlement de ses créanciers au risque d'être privé de médicaments et de matériels.

Par ailleurs la fameuse "subvention" de l'Etat se limite trop souvent à calmer le front social des hôpitaux avec ses syndicalistes "greveurs" professionnels par l'octroi de "primes", de "motivation" et autres "avances Tabaski" car une grève du personnel de santé est rapidement durement ressentie par les populations et n'est pas la bienvenue pour le régime quelqu'il soit : voilà un jeu pervers dans lequel les deux composantes (État et personnel médical) se complaisent dans une espèce d'accord tacite macabre au grand dam des pauvres populations.
C'est cela la triste réalité.

L'une des conséquences c'est les ruptures récurrentes en intrants : combien de fois des interventions chirurgicales régulièrement programmées, dont les bénéficiaires se sont pourtant acquittés des frais, ont été annulées à la dernière minute pour faute de disponibilité de matériels, de produits anesthésiques, de Champs opératoires, de compresses, de fils de suture, des choses dérisoires : vraiment la honte !

Ainsi dans le cas tragique de cette pauvre il est fort à parier qu'une intervention chirurgicale en urgence était indiquée, que les intrants nécessaires pour son intervention n'étaient pas disponibles (flacons de perfusion, antibiotiques, analgésiques, fils de sutures, compresses, antiseptiques gants stériles etc...comme c'est quasiment toujours le cas ) d'où la prescription d'une ordonnance par le Médecin qui faut il le rappeler n'a d'autre choix que cela : on opère pas avec les mains nues.

Faute de moyens financiers, cette ordonnance salée (à laquelle il faut rajouter le coût de l'intervention ce qui explique vraisemblablement la somme de 200.000 francs rapportée) n'est pas honorée ou l'est avec beaucoup de retard aux conséquences dramatiques.

Dans ces circonstances, affirmer que les médecins ont "refusé" de prodiguer des soins parce que la famille n'a pas payé est une calomnie et un mensonge éhonté gravissime fait à dessein pour trouver un bouc émissaire à la place du véritable coupable : l'Etat qui à la responsabilité de mettre en place un plateau technique adéquat avec des moyens corrects et exiger en contrepartie une obligation de résultats.

La "presse" en cherchant toujours le sensationnel et le buzz en lieu et place d'un travail sérieux d'investigation pour situer les responsabilités, attise le ressentiment vis s vis des médecins, stimule la confrontation entre deux victimes d'un même bourreau au grand plaisir de ce dernier.
Voilà la réflexion à laquelle j'ai voulu vous inviter sans passion et à chacun d'en tirer ses propres conclusions.

Mamadou Mansour Diouf

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COMMENTAIRES (9)
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Iba - 17/10/2017 - 22h 53  
Voila une analyse lucide et pleine d'enseignements.Évitons de jeter l'opprobre sur une corporation aussi indispensable que celle des médecins sans avoir fait les investigations nécessaires.Ne rentrons pas dans le jeu malsain de certains journalistes à la recherche de buzz pour vendre leurs journaux au lieu de livrer l'information juste et réelle.
Ndew - 17/10/2017 - 23h 26  
Merci pour cette thèse que je valide ayant eu un parent devant se faire opérer le médecin prescrit tout le necessaire les perf compress etc ...c'etait un lot impressionnant qui avait accompagne le malade en salle d'opération. L'etat qui gère le secteur de la santé est responsable de ces carences graves. Nos toubibs sont braves leurs conditions de travail ne sont pas bonnes
EnPassant - 18/10/2017 - 09h 25  
Les politiques et leurs familles eux se soignent en France avec les frais du contribuable Dansokho par exemple et pourtant sur place il peut etre pris en charge et payer par ses propres moyens.Même pour soigner un diarhée...
A B C - 18/10/2017 - 09h 40  
IL FAUT RELEVER LA DIRECTION LE CHEF SAF LE DIRECTEUR LE RESPONSABLE DU SERVICE SOCIAL CES 3 SERVICES POUVAIENT REGLER LE PROBLEME UNE FOIS LA DIRECTION RELEVER LES AUTRES STRUCTURES PRENDRONT LECONS POUR EVITER PAREILLES SITUATION ET PLUS CE DIRECTEUR NA AUCUNE EXPERIENCE POUR DIRIGER UNE STRUCTURE C UN FRIMEUR UN VRAI SADIQUE QUI NE FAVORISE QUE LES FEMMES
ANCIEN SOLDAT - 18/10/2017 - 09h 47  
Tout a fait d'accord a l'analyse. Mais en vérité y a trop trop ..! De negligence dans les structures sanitaires, Wa salam..
Salonic - 18/10/2017 - 11h 53  
J'ai dit que étranger bou si ame sa probléme ak sougnou hopitaux yi nga délou sa deuk ba nga weer doga déloussi,bougnou kéne sonal.Bravo au corps médical du Sénégal et soyez vigilant parceque ces politiciens vous traineront toujours en pature avec leur pseudo-journalistes pour faire le sale boulot.
Xeme - 18/10/2017 - 11h 59  
Bien compris. Encore que cette fois, le pouvoir n'a pas financé le rappel des morts du naufrage du bateau le Diola.
Shekhou - 18/10/2017 - 12h 35  
Je remercie et félicite d'autant plus Monsieur Diouf de cet éclairage que j'ai dû réagir, de la manière qu'il dénonce, sous le coup de l'émotion et de la passion, aux articles rapportant la volonté du ministre Sarr de situer les responsabilités dans ce drame et de prendre les sanctions adéquates. En effet, M. Diouf a parfaitement raison d'incriminer, d'abord et avant tout autre, les pouvoirs publics et autres autorités politiques qui préfèrent utiliser l'argent du contribuable pour entretenir une clientèle politique ou des soutiens extérieurs en "investissant" dans des projets pharaoniques et, à la limite, inutiles ou en tout cas pas prioritaires, plutôt que de chercher à satisfaire les conditions constitutives du développement humain des populations. Il en est ainsi de la réalisation de projets comme l'autoroute ila Touba, du fameux TER, de l'AIDB etc. Des milliers (!) de milliards sont ainsi jetés dans l'océan pour du beurre, alors que nos hôpitaux sont dans l'état que décrit M. Diouf, nos écoles, collèges et universités logés dans des abris provisoires, l'eau courante et l'électricité aléatoires dans les villes, inexistantes dans la plupart des villages, la précarité socio-économique ambiante prolongeant l'exode des jeunes vers "Barça ou Barçakh" etc. Inouï le cynisme de nos dirigeants, leur irresponsabilité horrifiante !!! NB : j'espère que lui ministre Sarr lira l'article du Dr Diouf
Salonic - 18/10/2017 - 15h 29  
Diouf sarr n'y comprendra rien du tout parce qu'ils tous atteint de cécité intellectuelle,donc Sheikhou ne vous fatiguez pas pour ces petits apprentis ministrons.
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