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La classe politique doit se réconcilier avec le peuple
Publié le : Jeudi 10 Octobre 2019 - 15:14 - Source : Dakarmatin - Commentaires : 0 - Consulté : 558 Imprimer

Tout le monde s’accorde à reconnaître, que l’inauguration de la mosquée de Massalikoul Djinane célébrée le 27 septembre dernier, a été pleine de symboles.

Elle a constitué, après les déchirements nés de l’interdiction du port du voile à l’Institution Sainte Jeanne d’Arc et les offenses faites à certains de nos chefs religieux, un fort moment de communion entre toutes les communautés religieuses de notre Nation. Elle a aussi été un bel exemple de financement participatif, qui n’a fait que confirmer l’extraordinaire dynamisme de la communauté mouride, qui fait de plus en plus montre d’une indéniable capacité de mobilisation financière. Enfin, cette gigantesque infrastructure, qui serait la plus grande mosquée de l’Afrique de l’Ouest, n’a pas encore eu, à notre connaissance, d’impact environnemental négatif digne d’être rapporté.

Par ailleurs, l’édification de cette sainte mosquée a aussi été une illustration probante de la redevabilité en matière de gestion d’un projet consensuel, dont les bénéficiaires se sont entièrement approprié. C’est pour cette raison que ce processus peut servir de modèle à nos gouvernants actuels et passés, qui ont tout à gagner à s’inspirer de ce style de management, qui a produit un tel chef-d’œuvre, eux qui restent les champions des projets, comme celui du TER, coûteux, parfois inachevés, ayant souvent des effets ravageurs sur l’environnement.

Au-delà des aspects religieux, cette inauguration était aussi l’occasion pour le vénérable khalife des mourides de porter l’habit de médiateur et d’appeler les présidents Sall et Wade, invités d’honneur à cette cérémonie mémorable, à arrêter leurs querelles stériles et crypto-personnelles. Finalement et contrairement aux apparences, les retrouvailles de Massalikul Djinane suivies de la grâce accordée à l’encombrant otage Khalifa Sall, consacrent la faillite de la classe politique de notre pays et son incapacité à régler elle-même ses différends.

De même qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, il serait prématuré de considérer la poignée de mains de Massalikoul Djinane comme une décrispation du climat politique, telle que souhaitée par le khalife général des mourides et toutes les personnes douées de raison dans notre pays.

Il est tout de même troublant de constater, que le président et son père spirituel se retrouvent, au moment où les citoyens sénégalais souffrent le martyre, du fait de la faillite des politiques publiques et du renchérissement du coût de la vie, suite aux injonctions des officines financières internationales. Ils subissent également, de plein fouet, les conséquences d’une politique prétendument sociale mais réellement "anti-pauvres" avec expropriation des terres, démolitions de commerces et d’habitations sans mesures d’accompagnement dignes de ce nom.

En outre, beaucoup trop de signaux négatifs émanent non seulement de la galaxie présidentielle, mais aussi de larges segments de l’opposition, qui ne font entrevoir aucune perspective d’amener le premier magistrat de la Nation à rompre d’avec sa démarche clivante et autoritaire.

Les péripéties du dialogue national auquel il a appelé, avant même la proclamation  officielle des résultats de l’élection présidentielle de février dernier, démontrent, chaque jour un peu plus, une farouche volonté du camp présidentiel de s’agripper au pouvoir. Le refus d’abroger la loi scélérate sur le parrainage et le rejet du bulletin unique montrent une volonté inébranlable de la majorité de continuer à confisquer le suffrage des citoyens sénégalais.

Paradoxalement, mêmes certains points d’accord issus de ce dialogue politique sont préoccupants. Ainsi, la quasi-unanimité des différents partis sur l’élection des maires au suffrage universel, risque de conduire à l’omnipotence de ”monarques locaux” face à des conseils de collectivités locales devenus insignifiants, par la force des choses.

Cette position est révélatrice de la conception élitiste et autocratique, que la plupart de nos hommes politiques se font de l’activité politique, qu’ils souhaitent conduire sans avoir de comptes à rendre à leurs mandants. Ils occultent également la nécessité de démocratiser les organisations politiques et de travailler à les faire reposer sur un socle de valeurs et non sur le clientélisme et la corruption politique. Toujours dans le même ordre d’idées, ils font montre d’un électoralisme effréné et d’une personnalisation excessive de la pratique politique privilégiant le culte des messies sur les contenus programmatiques. Ce sont ces tares qui nous ont valu, jusque-là des alternances sans véritable alternative.

Est-ce pour cela que le dialogue national censé traiter de la question des droits économiques et sociaux des citoyens, de la mise en œuvre des politiques publiques, de la refondation institutionnelle ainsi que de la gestion transparente de nos ressources naturelles peine à démarrer ? Au moment même où de larges segments de la classe politique s’entre-déchirent autour du processus électoral.

Il est donc clair, que l’éclaircie de Massalikoul Djinane ne pourra être durable, que si on évite d’instrumentaliser le jeu politique pour servir des agendas personnels, des intérêts de clan ou de famille politique.

Il s’agit non pas de regarder en arrière et de chercher à remettre en selle ceux qui congédiés par le peuple, refusent de s'amender, ni de chercher à étouffer l’aspiration des nouvelles générations et des forces de progrès à plus de liberté et de justice.

Il s’agit de se réconcilier durablement avec le peuple en proposant des programmes de rupture d’avec les approches autoritaires et néocoloniales.

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