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POLITIQUE
 
 
«La sincérité du pouvoir sur le dialogue est sujette à caution»
Publié le : Vendredi 24 Mai 2019 - 12:34 - Source : Dakarmatin - Commentaires : 8 - Consulté : 682 Imprimer

Juriste de formation, Ibrahima Hamidou Dème, président du mouvement «Ensemble», ne fait jamais dans la langue de bois. Adossé sur des valeurs et principes, cet esprit brillant assume pleinement ses positions tranchées et sans équivoques. Dans cet entretien, il parle de la recrudescence des violences, des meurtres, de la peine de mort, des viols, du dialogue national, de la non-déclaration de patrimoine du chef de l’Etat lors de son second mandat…

Après l’obtention d’un second mandat, le Président Sall n’a toujours pas fait de déclaration de patrimoine…

L’article 37 de la Constitution prévoit que «le président de la République élu fait une déclaration écrite de patrimoine déposée au Conseil Constitutionnel qui la rend publique». Le terme «nouvellement élu» peut-il faire croire que le Président réélu n’est plus assujetti à cette obligation constitutionnelle ? Je ne le pense pas. Cet exercice de transparence doit être effectué après chaque élection, car son objectif est de lutter contre l’enrichissent illicite à titre préventif. Nos dirigeants doivent savoir que la contrepartie de la confiance accordée par leurs concitoyens pour gérer nos ressources est de faire preuve de transparence totale, quant à leur patrimoine. Je ne comprends pas d’ailleurs pourquoi les déclarations de patrimoine des ministres et autres responsables ne sont pas rendues publiques. Quelle est l’utilité des déclarations de patrimoine qui sont faites dans la confidentialité ? Les institutions chargées de recevoir ces déclarations doivent les rendre publiques.

Le dialogue national tel qu’engagé actuellement peut-il être vraiment bénéfique à la démocratie ?

Le début du processus du dialogue se tient dans des circonstances assez difficiles à cause d’un climat délétère consécutif à la contestation des résultats de l’élection présidentielle par une bonne partie de l’opposition. Néanmoins, une démocratie ne peut pas respirer et évoluer si les acteurs politiques ne se rencontrent pas pour discuter des questions d’intérêt national. Dans tous les pays du monde, on ne peut pas toujours être d’accord sur tout, mais l’opposition et le pouvoir se rencontrent parfois pour discuter sur des sujets d’intérêt général. Mais au Sénégal, c’est la sincérité du pouvoir qui est sujette à caution. L’année dernière, un mois après avoir fait un forcing pour imposer à l’opposition la loi sur le parrainage, le pouvoir a appelé à un dialogue qui n’a abouti à rien de concret. Il y a trois semaines, le président de la République a décidé de faire voter, par sa majorité à l’Assemblée, une mesure majeure : la suppression du poste de Premier ministre, avant de revenir pour dire qu’il est ouvert au dialogue. Ce n’est pas cohérent. Il faut de la sincérité et de la cohérence de la part du pouvoir pour établir des rapports de confiance.

Le choix d’une personnalité neutre pour conduire le dialogue va-t-il vraiment conduire à instaurer ce rapport de confiance ?

Si le pouvoir est sincère dans la volonté d’instaurer un dialogue franc et constructif, il ne peut que prendre en compte certaines exigences de l’opposition. Le choix d’une personnalité ou de plusieurs personnalités neutres et respectées pour arbitrer le dialogue est un gage pour établir une confiance mutuelle entre les acteurs et les conditions d’un véritable dialogue utile pour les Sénégalais. L’opposition doit rester unie et vigilante. Elle doit se concerter et s’accorder sur des bases objectives du dialogue avant de prendre la décision d’y participer ou non. Bien entendu, le dialogue n’aura d’intérêt qu’avec la participation de l’opposition significative. Pour le moment, elle doit rester exigeante quant aux préalables, c’est-à-dire les sujets à débattre et les objectifs à atteindre. Il faut, en effet, garantir un dialogue dans lequel l’opposition ne servira pas de faire-valoir. Sinon, la participation de l’opposition sera contreproductive.

Etes-vous pour le report ou la tenue des Locales à date échue ?

Le respect du calendrier républicain doit être un impératif catégorique. Nous vivons dans un pays qui a la réputation d’être un pays démocratique. Mais depuis 2000, nos dirigeants ne cessent de jouer avec ce qui en constitue l’équilibre fondamental. Est-il normal qu’à moins de 7 mois des échéances aussi importantes que les élections locales, aucun acteur ne peut dire avec certitude que le calendrier républicain sera respecté ? C’est vraiment inadmissible. Le président de la République ne peut pas prolonger indéfiniment le mandat.

Aliou Sall a fait la proposition pour l’élection du maire au suffrage universel direct. Serait-ce la solution ?

L’élection au suffrage direct permet aux populations de choisir eux-mêmes leur maire. Le suffrage indirect réserve parfois beaucoup de surprises qui peuvent faire suite à des combines politiciennes aboutissant à l’élection de personnes qui ne représentent pas le choix véritable des électeurs. Ce mode d’élection est le mieux à même de valoriser les candidats et leurs visions pour leurs villes.

On parle à demi-mot de votre candidature à la mairie de Thiès ?

Aux lendemains de l’élection présidentielle, nous avons commencé à travailler pour préparer les élections locales, aussi bien à Thiès qu’à d’autres endroits du pays. Nous avons clairement exprimé notre volonté de diriger le Conseil municipal de Thiès en travaillant avec d’autres conseillers qui ont l’ambition d’apporter des changements véritables, de ruptures vertueuses dans la gestion municipale. Oui, je suis candidat pour une nouvelle gestion municipale qui répond aux potentialités exceptionnelles de Thiès, mais surtout aux aspirations de cette ville.

Que pensez-vous du programme de désencombrement des grandes villes initié par le gouvernement ?

On a l’impression que le gouvernement était en hibernation depuis 7 ans et s’est subitement rendu compte qu’il avait fait fausse route. C’est avant tout un aveu de taille que les autorités publiques n’ont rien fait pour mettre de l’ordre dans le pays. Mais, il ne faut pas qu’on se fasse des illusions, l’opération ne sera pas menée à bout ou du moins à la satisfaction des Sénégalais, car c’est la politique politicienne qui sous-tend toutes ces actions. L’opération de sortie des enfants de la rue est encore fraîche dans nos mémoires. Nous savons tous comment elle s’est terminée alors qu’elle a mobilisé des énergies, des centaines de millions de FCfa, pour être contreproductive. La situation des enfants de rue est devenue pire, tout le monde peut le constater. En plus, cette opération renforce la concentration, car cette prérogative relève de la compétence des Collectivités locales. L’Etat central doit doter les Collectivités locales davantage de moyens en faisant preuve de plus de pédagogie et en montrant le bon exemple.

Vous êtes membre d’une structure africaine pour l’indépendance de la Justice. Parlez-nous en ?

Il y a quelques mois, l’ancien ministre de la Justice du Mali, Mamadou Ismaïla Konaté, m’a fait l’honneur de m’associer à un collège de personnalités connues et respectées de la Justice africaine, comme d’anciens ministres de la Justice, de présidents de Cour constitutionnelle, de bâtonniers, etc. pour mettre en place une coalition pour l’indépendance de la Justice en Afrique. On a fait le constat suivant : les maux de la Justice sont pratiquement les mêmes dans tous les pays africains à des degrés différents. Manque de moyens humains et matériels, déficit de formation, mais surtout immixtion de l’Exécutif dans le fonctionnement de la Justice. C’est pourquoi, il est nécessaire de préconiser des solutions adaptées aux moyens de nos pays et les partager. La structure sera donc chargée d’évaluer l’indépendance de la Justice et proposer des solutions pour améliorer le fonctionnement de la Justice dans tous les pays africains.

«Je suis contre le retour de la peine de mort»

Agressions, viols, meurtres… Le Sénégal est de plus en plus confronté à la spirale de la  violence. Quelle lecture en faites-vous, en tant que juriste ?

D’emblée, il serait important de faire la distinction entre le crime organisé qui traduit l’expression d’une véritable volonté de commettre des actes très graves contre la société et la paix sociale, et le crime primitif commis le plus souvent par un individu anormal qui agit seul. Le premier qui nécessite souvent un projet, une préparation et des complices, est souvent crapuleux. C’est, par exemple, l’agression sur la voie publique, les vols et attaques à main armée qui relèvent de la responsabilité directe et entière des autorités publiques. Il appartient à celles-ci de garantir la sécurité des personnes et des biens en prenant des mesures préventives pour agir sur les facteurs qui le déterminent, mais aussi en prévoyant dans la loi pénale des mesures répressives. Il faut cependant reconnaître que le crime primitif, souvent passionnel, est difficile à traiter à titre préventif. Mais toujours est-il que le traitement du phénomène criminel ne semble pas être efficace à cause surtout d’un défaut de statistique publique pour mesurer son ampleur et apporter ainsi les réponses adéquates.

Le débat actuel est au rétablissement de la peine de mort. Est-ce nécessaire ?

Le Code pénal prévoit, pour les personnes coupables de crime contre des personnes, comme le meurtre et l’assassinat, la détention perpétuelle, c’est-à-dire la prison à vie. Être condamné à perpétuité, c’est être détenu pour le reste de sa vie, donc jusqu’à sa mort. C’est une condamnation à la mort sociale, car le condamné ne sortira de prison que pour être amené au cimetière. Je pense personnellement que cette peine est suffisamment dissuasive. C’est pourquoi, je suis contre le retour de la peine de mort. Il faut faire très attention pour ne pas tomber dans le populisme sous l’influence de l’opinion publique qui, du reste, peut changer du jour au lendemain. Les mêmes personnes qui réclament la peine de mort aujourd’hui, peuvent, dans quelques mois ou années, demander la clémence pour les auteurs de ces crimes. Certes, il faut mesurer la gravité de certains faits et les réprimer sévèrement pour préserver la paix sociale, mais il faut rester lucide et responsable pour ne pas légiférer sous le coup de l’émotion. La Loi pénale ne doit pas être réactive, mais elle doit être le fruit d’une longue réflexion dont la finalité est de prévoir des mesures utiles à l’évolution de la société.

D’autres voix s’élèvent pour la criminalisation du viol. Est-ce plus adapté ?

L’infraction de viol est tellement grave qu’il apparaît inapproprié qu’elle soit toujours considérée comme un simple délit. Cependant, il faut reconnaître que le Code pénal prévoit des peines assez élevées, dont certaines sont fixées à 10 ans, si certaines circonstances aggravantes sont réunies. En d’autres termes, si le juge estime que les faits sont établis à l’égard d’un jeune enfant ou d’autres personnes vulnérables, il condamne obligatoirement le prévenu à 10 ans. Maintenant faut-il aller plus loin en prévoyant des peines plus dissuasives ou en le criminalisant ? En tout cas, le viol entraîne des conséquences dramatiques dans la vie des victimes. Le traitement judiciaire des victimes d’agressions sexuelles est toujours inadapté et inefficace. La prise en charge judiciaire des enfants victimes d’abus sexuels est catastrophique, car rien n’est encore fait pour assurer leur protection dans la procédure judiciaire. En somme, il est tout aussi nécessaire de revoir les peines, peut-être, en criminalisant le viol, mais aussi et surtout d’assurer la protection judiciaire, sanitaire et sociale des victimes.

OUSSEYNOU MASSERIGNE GUEYE

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COMMENTAIRES (8)
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Saly - 24/05/2019 - 15h 41  
J’ai bcp d’admiration pour ce monsieur. Son courage et la pertinence de ses idées me séduisent jour après jour.
Lamine Sarr - 24/05/2019 - 15h 41  
Voilà quelqu’un de raisonnable et qui parle sans calcul politique
Patrick - 24/05/2019 - 15h 43  
Je suis Gabonais mais j’aime beaucoup ce monsieur. C’est l’Afrique qui a besoin de lui
Papis - 24/05/2019 - 15h 43  
Billahi kii damako fan...son courage de dire la vérité, quelles que soient les conséquences, m'étonne
Oumar Samba Ndiaye - 24/05/2019 - 15h 46  
Mane dé tu as mon soutien pour la mairie de thies en attendant nga nek candidat présidentiel...
Babacar Diop - 24/05/2019 - 15h 48  
Waaaaw!!! Quel courage venant d'un homme politique sénégalais
Baay Baara - 25/05/2019 - 15h 05  
Il faut plébisciter le juge Dème à la mairie de Thies et plus tard à la tête du Sénégal car depuis les indépendances, c le seul qui a fait “le vrai don de soi pour sa patrie” et sans comune mesure. Merci pour ton courage et ta pertinence Mr Dème.
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