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Les enfants de la rue, décor de la capitale
Publié le : Lundi 15 Avril 2019 - 15:03 - Source : Dakarmatin - Commentaires : 2 - Consulté : 372 Imprimer

Il fait à peine jour sur Dakar. Pendant que ses habitants, toujours en pleine course contre la montre, vaquent à leurs occupations, un petit groupe d’enfants discutent en bordure de route. “Fais voir ce que tu as récolté ! Moi, j’ai des morceaux de sucre et du pain ! Arrange-toi pour avoir plus d’argent qu’hier…’’, les entend-on se dire. Ils se préparent à une nouvelle journée de… mendicité.

Les pieds nus, arborant des vêtements en haillons, la cohorte est un échantillon de ces milliers d’enfants errant, tous les jours, dans les artères de la capitale. La scène se déroule à l’entrée du marché de Grand-Yoff, sous le pont de la Patte d’Oie. Difficile de leur arracher un seul mot. Aux questions de savoir “D’où viennent-ils ? Pourquoi mendient-ils ?’’, ils opposent tous un silence de cathédrale. Sûrement, les instructions de ceux qui les poussent à faire chaque jour la manche ont été fermes. Sous nos cieux, les “enfants talibés’’ font partie du décor.

 Présents dans pratiquement toutes les rues de la capitale, reconnaissables à leur sébile, leur sort, visiblement, n’émeut plus. Frêle, les yeux hagards, le petit Ousmane se faufile entre les rangées des cars “Ndiaga Ndiaye’’ en partance pour Fann. Une scène assez fréquente à cet arrêt bus de l’Unité 22 des Parcelles-Assainies. La peau blanchie par le vent sec et la poussière, il tend la main à chacun des passagers. Si certains font mine de ne pas le voir, d’autres lui offrent quelques pièces. De ce lot, émergent ceux qui, en silence, lui jettent un regard qui en dit long sur la pitié qu’ils ressentent à son égard. Haut comme trois pommes, Ousmane ne connaît pas son âge, mais sa silhouette laisse penser qu’il n’a pas plus de 5 ans. Il révèle venir d’un “daara’’ de la Médina, mais que ses parents vivent à Kolda. “Chaque matin, vers 4 h, le maître nous réveille. Après la prière, il nous demande d’apporter au moins 700 F. Au cas contraire, on n’aura pas de dîner. Souvent, il tape sur ceux qui n’ont pas la somme demandée’’, ajoute-t-il, l’air insouciant. Le petit pot qu’il tient sous le bras contient un sachet de morceaux de sucre et du riz. Ces dons en nature sont, selon Aïssatou Fall, une ménagère vivant dans la commune, une aide doublement bénéfique. “Je pense que la nourriture qu’ils reçoivent les aide à se nourrir, une fois à l’internat. D’un autre côté, nous avons besoin d’eux, lorsque nous avons des offrandes à faire. Ce n’est pas mal, ce sont des pratiques propres à notre culture’’. Et comme elle, beaucoup de Sénégalais pensent la même chose. C’est sans doute ce qui fait dire à Jonathan Azevedo, responsable d’Ong, que “toute la société sénégalaise est coupable. Les gens se donnent bonne conscience, en offrant des pièces à ces enfants. Pourtant, cet acte ne fait qu’accentuer le phénomène’’. Il estime que la mendicité des enfants a encore de beaux jours devant elle, tant que ces enfants sont utilisés “comme des réceptacles d’offrandes, d’aumônes recommandées par un marabout’’.

Pour ces enfants, marcher des kilomètres est une habitude parfois jusqu’au soir, dans le but unique de rapporter au maître la somme journalière. Omar Sall, maître coranique à l’Unité 14 des Parcelles-Assainies, déplore cette situation. “Ceux qui utilisent le nom de Dieu pour exploiter ces enfants ne croient en rien. Malheureusement, ils salissent l’ensemble des maîtres coraniques. La mendicité n’a rien à voir avec la religion’’, affirme-t-il. En cette période de climat froid, chaque jour, dans les rues de la capitale, des enfants, pieds nus, bol ou pot en main, errent dans les rues. Pourtant, en 2016, on parlait de leur retrait des rues. Malgré les interpellations des Ong et des mesures drastiques annoncées par le gouvernement, le problème persiste.

PRISE EN CHARGE  : Un Etat qui agit timidement

Le Centre d’écoute et d’orientation pour enfants en situation difficile Guindi, représente l’outil étatique en matière de protection de l’enfance. Pourtant, à lui seul, il ne peut accueillir tous les enfants à prendre en charge. En effet, une fois retirés de la rue, ils sont admis au centre où ils bénéficient de soins gratuits et sont ensuite retournés à leurs familles par une médiation, après des enquêtes sociales. Une équipe assure le suivi de la vie de famille de l’enfant. Selon le directeur adjoint du centre, Etienne Ndiaye, rien ne bloque l’adoption de la loi sur le statut du “daara’’.

A l’en croire, ce n’est qu’une question de temps. Quant au retrait des enfants de la rue, il explique: “La première phase, en2016, a été très difficile, à cause de l’objection des marabouts. En 2018, il y a eu une deuxième phase sans trop de contestations. 1 547 enfants ont été retirés en2016et647en2018’’. Il affirme que l’on peut, aujourd’hui, se féliciter du fait que ces enfants ne sont pas retournés au “daara’’, mais à leurs familles respectives. “C’est un phénomène socio-culturel. Aussi, parfois, à la fin du mois, l’argent mendié par l’enfant est partagé entre les parents et le maître coranique’’.

L’heure est, en ce moment, à la tournée des écoles coraniques et, donc, à l’écoute et à la sensibilisation des maîtres coraniques. Ensuite, suivra la phase dissuasive. Tout “daara’’ non moderne ne répondant pas aux normes sera éliminé. Il plaide pour une implication du ministère de la Santé, celui de l’Intérieur et celui de la Famille. A l’heure où toutes les parties prenantes l’accusent, le gouvernement peint une situation contrôlable. “La loi sera adoptée sous peu et son application sans délai se fera’’, affirme M. Ndiaye.

Des enfants étrangers impliqués dans le trafic

A Dakar, l’on compte parmi les enfants mendiants des Guinéens, des Gambiens, des Bissau Guinéens qui, selon les Ong, sont la preuve de la faiblesse des lois ou même de ceux qui doivent les faire appliquer. Ainsi, contrairement à d’autres pays de la sous-région, le Sénégal est la porte ouverte à bon nombre d’exploitants confortés dans l’idée d’une absence totale de sanctions. Selon nos sources, le phénomène serait plus accru à Saint-Louis où ces enfants étrangers sont utilisés comme domestiques par les populations ou encore détenus dans les prisons pour actes de vandalisme. “Si l’on y prend garde, la prochaine armée de notre pays risque de naître de ce groupe d’enfants’’, confiait le maire de Saint-Louis à une de nos sources. Ce dernier serait lié dans sa volonté d’agir contre ce phénomène par le pouvoir en place.

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COMMENTAIRES (2)
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Tiers - 15/04/2019 - 19h 10  
Tant que Çe probléme n'est pas solutionnée ,on n'ira nulle part .Si les parents ont fuits devant leur responsabilité ,l'état doit faire face ,il le doit à çes enfants innocents ,qui ont besoin d'une seconde chance dans leur vie ,l'indifférence de la soçiete vis à vis de ce drame des enfants est malsaine
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